2005 - Remembrance

ENNEADE – Remembrance

J’ai découvert Enneade par le site internet de Fred Lacousse, batteur connu des communautés d’Audiofanzine et feu Lugdurock (dont la Drummerie a pris la relève depuis peu) sous le pseudo EarthShaker. Je suis allé écouter quelques samples audio juste par curiosité, et quelle surprise, je ne m’attendais pas du tout à écouter ce type de musique : du prog de fort belle facture ! Quelques extraits audio ne suffisant pas à m’en faire une bonne idée, j’ai contacté Fred qui m’a envoyé un album…

Verdict : cet album est un véritable bijou, et quand on sait que c’est une autoproduction, on ne peut que s’incliner devant une telle prouesse : vivement un deuxième album enregistré en studio avec de gros moyens ! Cela dit, la production reste très bonne, il manque peut-être un petit travail sur les sons saturés des guitares, mais nombre d’albums qui sortent aujourd’hui sont largement moins bien produits que cette galette !

Cet album dure 47 minutes, et se compose de quatre titres :

  • King Of Silver(17’49)
  • The Dreamscape (I. The Awakening)(9’30)
  • The Dreamscape (II. Into The City Of Dreams/III. On The Verge of The Waking World/IV. Open The Gate…)(10’16)
  • The Dreamscape (V. Farewell Good Bye)(11’32)

Immédiatement, j’ai fait le rapprochement qualitatif avec la musique de Dream Theater époque Change of seasons, et Opeth (album Damnation). J’ai aussi pensé à Devin Townsend par moments, notamment ce brin de folie qui accompagne le final du troisième morceau …

Au menu de cet album : parties acoustiques sublimes (écoutez ces guitares sèches tout en arpège, créant une ambiance acoustique intimiste), des voix propres, lancinantes un peu « Floydiennes » (relevées avec quelques touches de voix féminines délicieuses), et aussi riffs bien gras, avec parties instrumentales virtuoses basse/guitare/batterie/claviers.

A la batterie Fred est en place, inspiré, ne nous noie jamais sous un torrent de double grosse caisse, juste ce qu’il faut pour épicer son jeu, et se met totalement au service de la musique. Son son de caisse claire est superbe, très propre, avec des harmoniques aigues, le son de sa batterie m’a immédiatement fait penser à l’album Change of Seasons de Dream Theater (1995).

Ajoutez à tous ces ingrédients un talent de composition certain, et vous obtenez une délicieuse alchimie qui mérite à se faire connaitre dans l’hexagone, et bien au-delà !

C’est un véritable coup de cœur que je vous présente ici, si vous aimez le prog, Dream Theater, Opeth, Porcupine Tree, alors achetez cet album : aidez ces musiciens à poursuivre leur chemin en espérant qu’ils pourront nous livrer une nouvelle galette encore mieux produite bientôt, et qu’ils pourront prendre leur envol total rapidement.

Chapeau les artistes !

 

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Interview de Fred Lacousse :

Tob : Peux-tu nous présenter ton groupe en quelques mots, d’où êtes-vous, qui sont les musiciens, ainsi que cette chanteuse à la très jolie voix qu’on peut entendre par moments ?

Fred : ENNEADE est un groupe lyonnais qui existe depuis 1996. Il est né des cendres de VARECH, un combo doom-metal dont je faisais partie, qui a eu un certain succès au début des années 90. Le style musical d’ENNEADE a énormément évolué au fil du temps. Nous sommes passés d’un metal assez agressif à la CORONER, SLAYER ou plus doom comme CANDLEMASS à ce que je pourrais appeler du progressif sombre, dans la lignée de PORCUPINE TREE, de MAGMA ou de KING CRIMSON. Nous n’avons pas échappé non plus à la lignée métal prog du milieu des années 90 (DREAM THEATER, VANDEN PLAS), ni celle plus marquante du prog des 70’s (GENESIS surtout, puis YES, et en ce qui me concerne GENTLE GIANT, ATOLL, BI KYO RAN et MONA LISA). Toutes ces influences ont fait ce qu’est ENNEADE aujourd’hui ! Nous avons enregistré d’autres démos, que nous n’avons pas vraiment cherché à faire distribuer – j’en mettrai quelques extraits sur mon site prochainement –

Le line-up n’a pas trop changé en quelques années. Le « noyau dur » se compose de Georges-Marc LAVARENNE (guitare midi et claviers), Ginès JIMENEZ (guitare – ex MELEM), Christian GREVEN (chant et claviers – ex ODDMONGERS) et moi-même. Seuls Christophe GOULEVITCH (guitare) et julien FAYOLLE (basse et stick CHAPMANN) font partie de l’aventure depuis 2002. Julie HOFFBAUER, la chanteuse à la voix cristalline, est la compagne de Ginès. Elle ne fait pas partie du groupe à proprement parler, mais a posé quelques lignes de chant sur les morceaux et nous avons trouvé que ce petit « plus » apportait beaucoup aux compositions.

Tob : Qui compose le plus, comment s’organise votre processus de composition ?

Fred : Gines, Julien et Georges-Marc sont les principaux compositeurs du groupe. Ils nous soumettent leurs propositions de riffs pendant les répétitions et nous essayons de construire les morceaux d ‘après leurs idées. Mis à part « King of silver » écrit par Georges-Marc LAVARENNE, les textes sont principalement écrits par Christian GREVEN. Mes seuls contributions seraient également au niveau textes car j’ai beaucoup de mal à créer des mélodies ou des ambiances avec un clavier, pourtant j’adorerais posséder un MELLOTRON ou un orgue HAMMOND avec une cabine LESLIE…

Tob : Quand, comment et où avez-vous enregistré ce disque ?

Fred : L’album a été enregistré en été 2004, durant quatre semaines, dans le local d’une école de musique où j’ai donné des cours de batterie pendant quelques temps. C’est une vieille cave voutée, toute en pierres, en plein cœur de LYON. Le son était un peu particulier à l’intérieur même de la pièce : beaucoup de reverb’ à cause des pierres et de la forme de la cave elle-même, mais la sonorité globale de l’album me semble assez cohérente. C’est Ginès qui a produit l’album et nous l’avons mixé tous ensemble. Je suis assez satisfait du travail produit. J’ai enregistré mes parties en premier. J’avais uniquement un click et une guitare témoin. Certaines de mes parties sur DREAMSCAPE 3 (4ème morceau de l’album) n’étaient même pas finalisées lorsque nous avons enregistré. Il a fallu que je les trouve presque en temps réel ! Mes baguettes ont maintes fois volé à l’autre bout de la pièce parce que rien ne me convenait !

Tob : comment avez-vous décroché ce contrat avec Musea ?

Fred : Lorsque nous avons fait « l’after-show » de DREAM THEATER au TRANSBORDEUR de LYON en 1998, nous avons enregistré notre performance et avons envoyé la bande à MUSEA. Ils ont aimé semble-t-il et nous ont proposé que lorsque nous aurions un produit plus professionnel, nous pourrions peut-être travailler ensemble. C’est chose faite aujourd’hui avec cet album et nous sommes ravis de cette coopération : Ils font un très bon travail de distribution et de promotion, ce qu’un groupe français progressif indépendant ne peut pas faire lui-même.

Tob : Si je cite Dream Theater, Devin Townsend, Opeth et peut être aussi Pain of Salvation comme influences, cela te choque-t-il ?

Fred : Nullement ! DREAM THEATER, OPETH ou PAIN OF SALVATION sont des groupes que nous écoutons et apprécions, je rajouterais simplement PORCUPINE TREE, MATS & MORGAN et BI KYO RAN (excellent groupe prog. Japonais des années 80-90) et celles citées plus haut ! Par contre, nous n’avons ni la folie, ni le génie de Devin TOWNSEND, mais cette comparaison me plait !

Octoban Fred (1)

Tob : Côté Matos, les octobans qu’on entend sont-ils ceux que tu as fabriqués et que tu présentes sur ton site ?

Fred : Oui, ce sont mes octobans en P.V.C que l’on entend. Comme ils n’étaient repris que par les overheads, ils sont un peu noyés dans le mix final. J’aurai aimé qu’ils soient plus présents parce que les octobans, en général, ont une vraie originalité en terme de son . Mike PORTNOY (DREAM THEATER), Tim ALEXANDER (PRIMUS, ATTENTION DEFICIT) et Simon PHILLIPS surtout s’en servent avec beaucoup de goût.

Tob : Quel est le modèle de caisse claire que tu utilises ?

Fred : Sur l’album, c’est une caisse-claire que j’ai fabriqué il y a quelques années. CAPELLE m’a vendu un fût en érable de 14 »x8 » que j’ai percé et verni. J’ai monté un déclencheur et des cercles moulés PEARL et des coquilles CAPELLE. Je ne l’utilise plus trop aujourd’hui.

Par contre, sur une des parties du second morceau de l’album (DREAMSCAPE1), j’ai utilisé une vieille caisse-claire en métal qui traînait dans la cave où nous avons enregistré. J’ai trouvé le son « intéressant » pour la partie folk du morceau  (juste avant la partie barrée en 11/8). Par contre, j’utilise habituellement une caisse-claire TAMA starclassic de 14’’x5,5’’ depuis un an et demi pour les concerts, répèts et enregistrements. Elle me convient tout à fait, de par sa taille et la nature du bois dont elle est construite (du bouleau).

20110611 - Fête de la musique - Heyrieux_036 (1)

Tob : Quels sont vos projets immédiats et futurs ?

Fred : Enregistrer rapidement un second album. Nous avons quelques morceaux terminés, d’autres à finaliser, mais je pense que l‘on enregistrera quelque chose d‘ici la fin de l‘année 2006. Nous avons également le projet d‘une tournée avec deux autres groupes prog français. Il n’y a rien de défini pour l’instant, mais les choses évoluent doucement.

Tob : Est ce ton seul groupe ? Vis-tu de ton instrument ?

Fred : ENNEADE est mon seul groupe actuellement. Je ne vis malheureusement pas de mon instrument à l’heure actuelle.

Tob : et enfin, la question traditionnelle de la Toile des Batteurs : si tu devais boire un verre avec un mort ou un vivant qui serait ce et pourquoi ?

Fred : C’est une question difficile mais je dirais Terry BOZZIO. Je voue une passion pour ce batteur. Il a dépassé depuis longtemps ce qu’il est possible de faire à la batterie : Il est devenu un musicien au sens propre du terme qui joue et compose sa musique avec sa batterie acoustique contre des ostinatos de folie ou accompagné par un orchestre symphonique…

Dossier réalisé par Cédric – Février 2006